Oumniya Modératrice

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| Sujet: France : Interview de Michel Dubost, évêque d'Évry Lun 10 Déc - 22:33 | |
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Monseigneur Michel Dubost, évêque d'Évry
"Les musulmans sont désormais nos concitoyens"
LE MONDE | 10.12.07 | 14h54
Le pape Benoît XVI vient de lancer une invitation à plusieurs dignitaires musulmans qui lui avaient écrit en octobre. Des rencontres, comme celles organisées récemment en France par le Groupe d'amitiés islamo-chrétiennes, se tiennent régulièrement. Mgr Michel Dubost, évêque d'Evry (Essonne), est responsable du groupe de travail consacré aux relations entre catholiques et musulmans à la Conférence des évêques de France.
En quoi le dialogue entre catholiques et musulmans est-il important dans notre société ?
Les musulmans de France sont désormais nos concitoyens et, d'un point de vue catholique, il est impossible de vivre ensemble si l'on n'essaye pas de créer du lien social. Aujourd'hui, tous les jeunes chrétiens connaissent des musulmans, mais l'inverse n'est pas vrai. Pour témoigner de notre foi, de nos convictions, il nous faut favoriser le dialogue.
Il n'y a pas de démocratie si on ne dit pas ce que l'on pense ; sans écraser l'autre, naturellement. Le dialogue permet d'aller au-delà du respect mutuel, de bâtir une amitié et de travailler véritablement ensemble. Mais je constate que seule une minorité de musulmans demandent des contacts avec des catholiques. Et certains, comme chez les catholiques d'ailleurs, le refusent totalement.
Quels sont les obstacles à ce dialogue ?
Le contexte historique et géographique ne facilite pas les relations. L'histoire commune est marquée par les conquêtes musulmanes, les croisades, la colonisation, l'immigration, le terrorisme. Les personnes de culture musulmane sont souvent arrivées en France dans les banlieues et on ne peut pas dire que la politique des banlieues soit un succès. Les musulmans se perçoivent encore comme une minorité et ont parfois l'impression que l'on agit toujours envers eux comme des colonisateurs.
Enfin, des raisons théologiques rendent difficile le dialogue. L'islam en général trouve notre manière de parler de Dieu inadéquate. La chahada (la profession de foi islamique qui affirme : "Il n'y a de Dieu qu'Allah et Mahomet est son prophète") semble être une condamnation de la divinité du Christ.
Cela dit, sur le terrain, on a affaire à une religion populaire et le dialogue relève davantage d'un dialogue d'humanité, notamment avec les nouveaux migrants, que d'une discussion interreligieuse. Des échanges spirituels, des moments de prière, sont aussi possibles.
Vous êtes partisan d'un dialogue "amical et lucide". Qu'entendez-vous par là ?
On n'avancera qu'en intégrant l'idée qu'on est différent et en acceptant de parler de sujets qui fâchent, notamment de la liberté religieuse. Je connais des musulmans qui souhaitent se convertir mais qui, par peur, ne veulent pas d'un baptême public. Ce n'est pas normal. Dans les couples mixtes, il est important d'insister pour que l'un n'impose pas sa religion à l'autre. Il faut que des intellectuels musulmans prennent la parole sur ce point, car, sur le terrain ou dans les instances représentatives musulmanes, ceux qui le pensent ont encore du mal à le dire. La liberté de conscience est pourtant un gage de paix sociale.
Sur quels points catholiques et musulmans peuvent-ils travailler ensemble ?
Au niveau institutionnel, les rencontres sont symboliques, mais expriment une volonté de paix. Et il n'est pas inutile, symboliquement, que le recteur de la mosquée d'Evry assiste à la messe de minuit ou que j'aille parler d'Abraham ou du Notre-Père à la mosquée des Tarterêts.
Nous pouvons aussi travailler ensemble sur des questions sociales, comme l'accueil des sans-papiers. Nous pourrions, ensemble, améliorer la connaissance religieuse et notamment celle des jeunes. Un site Internet pourrait accueillir une présentation des deux religions et répondre aux questions types que se posent les musulmans sur les catholiques et inversement.
Enfin, je propose que l'on fasse du 1er janvier une journée interreligieuse pour la paix.
Propos recueillis par Stéphanie Le Bars |
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