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Rapport sur le clivage existant entre Islam et Occident

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Oumniya
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MessageSujet: Rapport sur le clivage existant entre Islam et Occident   Mer 19 Mar - 13:05

salam


L’incompréhension grandit entre Islam et Occident


Selon un rapport publié par le Forum Economique Mondial, dans les pays musulmans de 62% à 82% des personnes interrogées ont le sentiment que l’occident ne les respectent pas. En occident, moins de la moitié des sondés estiment que l’ouest respecte le monde musulman.

Par Abdus Sattar Ghazali, American Muslim Perspective.



La majorité des habitants des pays musulmans et des pays occidentaux pensent que le clivage entre l’Islam et l’Occident s’accentue, et que chaque camp ne respecte pas la culture de l’autre, indique un rapport portant sur les relations entre musulmans et occidentaux rendu public le 21 janvier, 2008 à Davos, en Suisse.

Le rapport, intitulé « Islam et Occident : Rapport annuel sur l’état du dialogue, » est dirigé par le Forum Economique Mondial, en collaboration avec l’Université de Georgetown. Il examine comment les sociétés musulmanes et de occidentales se perçoivent et interagissent aux niveaux politique, social, économique et culturel.

Le rapport présente un sondage Gallup sur le dialogue entre les Musulmans et l’Occident. Ce sondage révèle que la majorité des populations des 21 pays sondés pense qu’un conflit systémique violent entre l’Ouest et le monde Musulman peut être évité. Cependant, le rapport pointe un degré d’optimisme très variable suivant les pays. Les habitants du Bangladesh, de l’Arabie Saoudite et de Hollande sont parmi les plus optimiste, alors que ceux du Pakistan, du Brésil et de Russie sont les plus pessimistes.

Le rapport indique que les Européens, inquiets de l’immigration et d’une menace islamique contre leur culture, craignent la perspective d’une plus grande proximité avec le monde musulman. Par contre, une majorité de personnes vivant aux Etats-Unis et dans les pays musulmans estime que davantage de proximité est souhaitable. « Les populations européennes sondées pensent qu’une plus grande proximité entre le monde musulman et l’occident est plus une menace qu’un avantage » indique le rapport.

La plupart des musulmans (de 62 à 84%) estiment que les occidentaux ne les respectent pas. Les occidentaux pensent de même, et sont moins de la moitié à croire que l’Ouest respecte le monde Musulman.

Mais l’attitude des musulmans vis à vis de l’ouest est un point de désaccord. Les musulmans estiment qu’ils respectent l’occident, mais les habitants de l’ouest, dont 82% des Américains, ne le pensent pas.

Pour les auteurs du rapport, cette différence de perception peut s’expliquer par une tendance de l’ouest à confondre l’opinion négative qu’a le monde musulman sur les Etats-Unis, avec un rejet d’ensemble de l’Occident et de ses valeurs.

Trois habitants des Etats-Unis sur quatre pensent que le monde musulman ne cherche pas à améliorer ses relations avec l’Ouest, et plus de la moitié des personnes interrogées en Italie (58%), au Danemark (52%) et en Espagne (50%) pensent de même.

Mais la majorité des habitants de la planète estiment qu’un rapprochement entre les Musulmans et le monde Occidental est important pour eux. Plus étonnant, les Iraniens sont en tête sur ce point, avec 70% de personnes qui estiment comme important un rapprochement avec l’Ouest.

Un des points importants révélé par le rapport est l’émergence de la citoyenneté et de l’intégration comme second facteur le plus important du dialogue, après le jeu politique international.

Des minorités musulmanes de plus en plus importantes accèdent à la citoyenneté pleine et active, particulièrement en Europe, et parviennent à s’exprimer dans la sphère publique. Certains gouvernements sensibles aux idéaux d’égalité et de reconnaissance, cherchent à engager les groupes musulmans dans un dialogue structuré ; mais les résultats sont mitigés, car ils craignent de mettre en danger leur majorité électorale, ainsi que la cohésion nationale. Une plus grande intégration du monde musulman est perçue comme une menace par 60% des citoyens dans beaucoup de pays européens mais pas en Amérique.

Le pourcentage de la population musulmane dans 15 pays de l’Union européenne va croître de 4,3% en 2006 à approximativement 10%-15% en 2025, avec une concentration allant jusqu’à 30% dans les zones urbaines de certains pays comme la France, l’Allemagne et la Hollande.

« Le Forum Economique Mondial pense que, comme pour tous les défis globaux, il faudra l’effort commun de tous les acteurs des gouvernements, des affaires, des religions, de la presse, de l’université et de la société civile pour anticiper les crises, nouer des alliances et imaginer des solutions » a déclaré le Professeur Klaus Schwab, Fondateur et Président Exécutif du Forum Economique Mondial.

« Au cours de 2008, la Communauté de l’Islam et le Dialogue avec l’Ouest [Community of Islam and the West Dialogue] invitera les dirigeants des diverses tendances à engager un débat concerté sur les problèmes les plus importants, en particulier sur le thème de la citoyenneté et de l’intégration ».

En avant-propos du rapport, John J. DeGioia, Président de l’Université de Georgetown, remarque que : « L’amélioration des relations entre les Musulmans et l’Occident tant au niveau global que dans chaque pays, ne peut se faire uniquement par le dialogue. Elle exige le règlement des conflits les plus importants, et en particulier une paix israélo-palestinienne qui associe sécurité et autodétermination. Elle exige aussi la stabilité, la prospérité et la démocratie au Moyen-orient, en Afrique, et en Asie centrale, du Sud et du Sud-Est. Elle nécessite une citoyenneté égale pour musulmans et non-musulmans en Europe, en Amérique du Nord et tout autour du monde marqué par la croissance économique globale, la mobilité et l’accès croissant à l’éducation et à la santé ».

Le dialogue ne peut remplacer la volonté politique et la résolution des problèmes pratiques, mais il peut faciliter la connaissance et la confiance mutuelle et renforcer les efforts communs pour résoudre les défis globaux du nouveau millénaire, a-t-il ajouté.

Karen Armstrong, expert réputé des religions Abrahamiques, souligne qu’il ne peut y avoir progrès du dialogue si nous ne sommes pas prêts à modifier notre point de vue, à remettre en cause nos idées préconçues et à transcender une orthodoxie que nous avons depuis longtemps cessé d’examiner d’une manière critique.

« Le dialogue ne doit pas se réduire à un colloque confortable entre gens du même avis. Comme en Irlande du Nord, nous devons trouver le moyen d’inclure ceux qui ont des vues que nous trouvons inacceptable. Nous ne pouvons pas tolérer la cruauté, l’intolérance ou le crime, mais laisser les extrémistes hors jeu et ne parler qu’aux convertis, est à coup sûr une mauvaise méthode » a-t-elle indiqué.

Le Professeur John L. Esposito Directeur Fondateur du Prince Alwaleed Bin Talal for Muslim-Christian Understanding de l’Université de Georgetown, remarque de son côté que dans le monde mondialisé, alors que pluralisme et tolérance n’ont jamais été plus importants, les idéologies hégémoniques, exclusives et intégristes sont en pleine ascension.

Il ajoute que « les prédicateurs de la haine » - musulmans et non musulmans, de l’extrême droite politique et religieuse - promeuvent comme des dogmes, les politiques identitaires, les politiques et les mesures socio-économiques anti-immigrant. Pour lui, les menaces à l’identité et la sécurité nationale qui sont perçues à l’Ouest d’une part et les griefs politiques qui émanent du monde musulman d’autre part ne font que catalyser ces tendances.

Le Professeur Esposito pense que pour surmonter ces difficultés, et construire les liens de compréhension et de respect, il nous faut utiliser un vocabulaire plus positif et fabriquer des mythes populaires plus puissants. Des phrases comme « Le monde Musulman et l’Occident », « L’Ouest-Islamique », et leur homologue - « le conflit des civilisations » - ne peuvent refléter une réalité complexe et à facettes multiples à la fois politique, économique mais aussi religieuse et culturelle. Des termes jusqu’ici acceptables comme « tolérance » doivent être remplacés ou transformés. La notion de « tolérer » ou de « s’accommoder » de « l’autre » doivent être renforcés par des termes qui promeuvent la compréhension mutuelle et l’égal respect ».

Au delà de cela, il y a une guerre culturelle et les forces de l’intolérance et de la confrontation ont des ressources et des supports puissants, déclare-t-il en concluant : « Le moteur qui doit entraîner toute initiative doit être la conviction que les actions parlent vraiment plus fort que les mots ».


Pour citation : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1610

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