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Les tourments de l’islam institutionnalisé

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Leïla




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MessageSujet: Les tourments de l’islam institutionnalisé   Jeu 25 Jan - 23:37

salam

Les tourments de l’islam institutionnalisé

Par Félice Dassetto*, Carte blanche, Le Soir, le 25 janvier 2007

En 1974, l’État belge a généreusement et naïvement reconnu le « temporel du culte » musulman. Commençait alors la saga de l’institutionnalisation de l’islam. Et les instances musulmanes, instaurées pour gérer les affaires cultuelles, ne cessent d’être agitées par des conflits internes et des problèmes judiciaires.


Ces vicissitudes, sociologiquement captivantes, désespèrent de nombreux musulmans, et elless laissent pantois les observateurs. Parfois, elles salissent des innocents et, souvent, elles épuisent les meilleures bonnes volontés.


Il s’agirait d’analyser les raisons de ces situations si l’on ne veut pas conclure rapidement à ce qu’elles sont « la conséquence inéluctable d’une culture mal adaptée ».


Certes, à certains égards, ces situations ne sont pas fort différentes de celles qui frappent pas mal de groupes dirigeants qui ont défrayé la chronique, encore récemment. Mais l’analyse mérite d’être approfondie, car toute explication générale ne contient qu’une partie de vérité. Il importe d’expliquer pour quelle raison cette « institutionnalisation » de l’islam, connaît des ratés aussi important depuis trente ans.


Tout semble se passer comme si elle avait amené le leadership musulman à assumer des responsabilités gestionnaires, représentatives et d’orientation intellectuelle et morale, qu’il n’était pas en mesure d’assumer.


Comme dans toutes immigration, un leadership prend un certain temps à se constituer. Mais le développement de l’islam et les exigences institutionnelles (mosquées, cours de religion, instance représentative etc.) ont amené le leadership musulman à courir plus vite qu’il ne pouvait le faire.


Et ceci en l’absence d’une organisation inscrite dans le système religieux qui aurait servi de filtre et d’élément stabilisateur.


Un leadership s’est improvisé, instable, perméable aux influences externes de tel ou tel groupe, Ètat, parti.


Cette situation est relativement semblable à l’ensemble des pays européens. Mais elle est exacerbée, en Belgique, par l’urgence invoquée par l’Ètat et par des musulmans intéressés à l’institutionnaliser l’islam, ainsi que par la manière dont on s’y est pris.


En effet, tout le monde semblait pressé d’instituer l’islam comme culte et à créer une instance « chef de culte » musulman : les autorités belges espéraient ainsi maîtriser l’islam et parer aux risques du terrorisme ; les musulmans espéraient recevoir reconnaissance et argent pour le financement des cultes. Par ailleurs, le mode imaginé depuis les années 1980 pour créer cet organe a produit certains effets pervers. On a voulu le créer par une élection confiant dans les vertus d’un « chef de culte démocratique ». On a inventé un système électoral bien belge : autant de Flamands, de Bruxellois et de Wallons ; autant de Turcs, de Marocains, de convertis, etc.


Le résultat est que lorsqu’on dit « élection », davantage encore dans un système dérégulé, on dit « lutte pour le pouvoir ». Et ce d’autant plus que, derrière ses élections, il n’y a pas seulement et exclusivement l’action pour la plus grande gloire de Dieu, mais il y a aussi des postes, des fonctions, de l’argent, des honneurs, de la notabilité… Le tout s’étant entremêlé des influences partisanes – des partis politiques belges, cette fois-ci – qui ont mmêlé intérêts cultuels et captation du vote des électeurs musulmans, sans voir les pièges qu’il y a à ramener le religieux, à l’intérêt et les idéaux, au calcul.


Ce système a eu comme résultat de donner du pouvoir ou bien à des gens qui ne le méritent pas toujours mais réussissent à se faire élire grâce à une bonne campagne électorale et aux moyens dont ils disposent pour la mener, ou bien à propulser des jeunes gens inexpérimentés à l’avant de la scène, afin de répondre aux politiques et médiatiques belges d’un islam « intégré ». Les résultats sont dès lors des gestions maladroites, des choix douteux, de l’incompétence, parfois des abus et, certainement une absence d’autorité morale. Autrement dit, les vicissitudes de l’islam institué en Belgique ne sont pas liées seulement à un problème d’hommes et de femmes épinglés par les médias, mais également au système pensé des musulmans, des autorités et leurs experts. Il est probable que, maintenant, l’avenir de l’islam belge, va se jouer sur quelques paramètres.


Le renouvellement du leadership, car celui qui est en place, qui occupe le pouvoir et est constitué comme le représentant autorisé, a largement montré ses limites. Et ce leadership n’est probablement plus réformable à travers de règles procédurales ou de formations de toute sorte. Et ce n’est pas non plus l’apport de leaders formés à l’extérieur, en Turquie ou ailleurs, qui améliorera la situation. Ce n’est qu’à partir d’une nouvelle génération de leaders, pleinement belge, non seulement par leur naissance, par leur nationalité et par leur scolarité de base, mais aussi par leur formation religieuse, institutionnelle et morale, et dont les intérêts personnels ne se mêlent pas trop avec leur engagement spirituel, qu’un renouvellement pourrait naître. Mais il devront être formés pour entreprendre cette tâche. Et il reste à voir s’ils auront le courage, l’envie de parcourir ce chemin difficile et nécessairement très long. Il reste à savoir aussi dans quelle mesure les dirigeants en place, qui sont nombreux à avoir traduit leur vocation en intérêts ou ont occupé des places par intérêt tout court, permettront ce renouvellement.


Le deuxième paramètre est celui de l’argent : il est probable que si la question du financement public du culte musulman reste à l’ordre du jour immédiat, la situation continuera à être pourrie, car il impose à une collectivité loin d’être construite, des instances, des moyens, des modes de fonctionnement qui dépassent ses capacités techniques et morales. Les efforts de multiples sages ne serviront probablement pas à grand-chose. Cette hypothèse soulèvera certainement des clameurs, car l’attente des financements est grande. Mais c’est sans doute une réalité que les musulmans doivent regarder en face, si leur souhait est celui d’une réforme refondatrice de leur communauté…


Encore faudra-t-il également – troisième paramètre – que s’arrêtent les ingérences des Ètats qui n’ont jamais fait et ne font que compliquer la donne. Celles de Ètat belge avant tout : il aurait tout avantage à revenir à ses principes constitutionnel de neutralité, dont il s’est largement écarté. Celles de l’Ètat turc, qui continue sa politique de contrôle et d’orientation, en Belgique comme dans toute l’Europe, de la communauté musulmane ; tout comme l’Ètat marocain, qui semble renouveler son souhait d’interférer dans l’espace européen. Les uns et les autres sont sollicités d’ailleurs par les pouvoirs publics belges – qui ne sont pas à une contradiction près, en sollicitant d’une part les musulmans à faire partie intégrante de ce pays et en accroissant d’autre part l’influence de pays musulmans qui sont loin d’être des modèles de laïcité de l’Ètat, de démocratie, de morale publique, ou de gestion des affaires religieuses.


L’Islam institué belge a emprunté depuis vingt ans, trente ans une voie de traverse pleine d’épineux et de rocailles, dangereux. Il aurait peut-être avantage à marquer un temps d’arrêt, à réfléchir, à se recomposer, sans penser immédiatement à la revendication de son statut et à l’argent qui est à la clé de son institutionnalisation.



* Professeur ordinaire émérite de l’UCL (département des sciences politiques et sociales) et directeur du « Centre interdisciplinaire d’étude de l’islam dans le monde contemporain » (Cismoc)
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insan




Inscrit le : 16 Déc 2006
Messages : 414

MessageSujet: Re: Les tourments de l’islam institutionnalisé   Ven 26 Jan - 3:19

Bismi Allah a-rahmane a-rahim,

assalamou 'alaykoum,

Quand je l'écoute ou le lis, j'ai l'impression de me retrouver devant un feu de cheminée : je m'endors.

assalamou 'alaykoum
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Leïla




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MessageSujet: Re: Les tourments de l’islam institutionnalisé   Sam 27 Jan - 16:10

salam

"A l'Exécutif, il y a autre chose que des scandales"

REPORTAGE MARTIN BUXANT

Mis en ligne le 26/01/2007
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Au coeur d'une institution controversée, Hacer Düzgün et Iqbal Qureishi racontent "leur" Exécutif.


Il pleut des coups durs. Parfois même, le désespoir la gagne. "Tout ce travail, tout cet investissement en tant que bénévole et tout est mis par terre avec quelques articles sur les scandales dans les journaux. Les scandales, c'est cela que les gens retiennent. Alors, vous voulez savoir si cela me fait mal que l'on entache notre réputation ? Naturellement que cela me touche". Hacer Düzgün, pourtant, la vice-présidente néerlandophone de l'Exécutif des musulmans, n'est pas du genre à se laisser abattre. Donc, voile blanc à grosses fleurs rou "Je continuerai à mettre beaucoup d'énergie pour défendre l'Exécutif des musulmans".

Installée depuis des lustres à Maasmechelen, dans le Limbourg, quand son père y débarqua en provenance d'Adana - petite ville turque sur la Méditerranée -, Hacer Düzgün (30 ans) a été élue avec 3 800 voix de préférence lors du scrutin de 2005. Le plus gros score, et de loin, parmi les 68 élus de l'Exécutif. En charge du département "éducation", elle planche à l'élaboration d'un programme commun pour les professeurs de religion islamique de la Région flamande. Et supervise trois inspecteurs. "C'est indispensable de mettre en place des examens pour les professeurs de religion islamique. Il faut uniformiser la profession", juge-t-elle, assise dans la petite salle de réunion "Roi Baudouin" de l'Exécutif. Au mur, quelques versets du Coran sont plaqués d'or.

"On place sa communauté"

A deux pas du "Comme chez soi", au centre de Bruxelles, les locaux de l'Exécutif ont été installés au troisième étage d'un immeuble sans relief. Des studios d'enregistrement radio ont été mis en place et, la semaine passée, un rabbin, un curé et un imam y ont devisé des relations entre les religions. Au sein de l'Exécutif, la communauté turque (8 membres) côtoie la marocaine (6 membres). Ajoutez deux représentants d'origine pakistanaise, et un d'origine albanaise, et le compte est bon. "Parfois, il y a des divergences d'interprétation. Chacun essaie de placer sa communauté, concède Farid El Machaoud. Alors, on discute. Mais toujours dans le respect des règles".

A 26 ans, ce jeune Flamand d'origine marocaine est entré à l'Exécutif il y a un an, au département "communication". Un défi en ces temps de démêlés judiciaires. Donc, "frère Farid" insiste sur le travail abattu : "On est sur le point de voir 8 mosquées reconnues officiellement en Flandre occidentale". Et 82 demandes de reconnaissance de mosquées ont été introduites pour la Région bruxelloise.

"Un travail nécessaire"

Visage buriné, petits yeux rieurs, cheveux poivre et sel, Iqbal Qureishi est arrivé de Karachi au Pakistan en 1969. Chimiste, Qureishi a passé trente années dans l'usine BASF d'Anvers. Responsable de la mosquée pakistanaise d'Anvers, il a été élu à l'Exécutif dès 1998. Il dit : "L'Exécutif fait un travail nécessaire. Qui le ferait si nous n'étions pas là ?" A mille lieues des feux de l'actualité, le vieux Pakistanais s'ouvre au sein du département social de l'Exécutif.

Entre ses visites aux musulmans dans les hôpitaux et dans les prisons, il a supervisé la construction d'une mosquée de 400 personnes à Anvers. "C'est important de montrer qu'il existe des musulmans en dehors des communautés marocaine et turque", insiste-t-il. Il pousse un soupir. Puis reprend : "Cette agitation autour de l'Exécutif, c'est mauvais pour les musulmans, c'est mauvais et c'est dommage pour notre réputation".

"Servir de rempart"

"Nous pouvons servir de rempart contre la montée des extrémismes, contre le Vlaams Belang, ajoute Hacer Düzgün. En propageant l'image de l'Islam comme religion de paix, en arpentant sans cesse le terrain". Elle s'arrête, fixe un temps ses yeux dans le vague, paraît désabusée. Puis reprend bien vite ce sourire timide qu'elle affiche contre vents et marées.

© La Libre Belgique 2007
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